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Parole d’expert : lumière sur le métier de thanatopracteur
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Spécialistes des soins de conservation et de la présentation du défunt, les thanatopracteurs ont un rôle essentiel dans le processus du deuil en offrant un dernier au revoir aux familles et ce, dans les meilleures conditions. Ce métier exigeant, mal connu, requiert une précision technique, une grande rigueur sanitaire, et par-dessus tout une profonde humanité. Pour mieux comprendre la thanatopraxie, son organisation en France et son évolution, Jean Charles Jay, Responsable de projets Maisons Funéraires chez OGF, thanatopracteur expérimenté et membre du jury du diplôme national, nous apporte son éclairage.
Quelles sont les origines de la thanatopraxie et comment cette discipline est née ?
Si l’on parle des pratiques visant à conserver et présenter le corps d’un défunt, les racines sont anciennes, l’embaumement remontant à l’Antiquité (momification, rites funéraires). En Europe, des formes d’embaumement apparaissent au Moyen Âge, lors des croisades, afin de pouvoir rapatrier les corps des chevaliers morts en Terre sainte. Au 19ᵉ siècle, les techniques modernes se développent avec l’utilisation de produits chimiques, dont le formol, découvert en 1868. En France, la thanatopraxie moderne est largement associée à Jacques Marette. Dans les années 60, il se forme en Angleterre au British Institute of Embalming et importe les techniques dans l'Hexagone. C’est d’ailleurs lui qui crée le mot « thanatopraxie », car au départ, on parlait plutôt de « soins somatiques », c’est-à-dire des soins apportés au corps.
Quelle est la différence entre une toilette funéraire et des soins de conservation ?
La toilette funéraire correspond à la préparation externe du défunt : toilette, habillage, coiffure et présentation. Les soins de conservation, réalisés par un thanatopracteur, vont plus loin. Après préparation du défunt et mise en place du matériel, il retire les liquides biologiques pour une injection antiseptique et conservatrice permettant de ralentir les phénomènes naturels de dégradation du corps. Enfin, c’est aussi au thanatopracteur que revient l’habillage du défunt.
Quels parcours mènent aujourd’hui à ce métier ? S’agit-il plutôt de reconversions ou de premières orientations professionnelles ?
Comme dans l’ensemble du secteur funéraire, les thanatopracteurs viennent d’horizons très variés. Depuis une décennie, nous constatons une féminisation du métier, avec l’arrivée de nombreuses jeunes femmes attirées par cette profession. Par ailleurs, certains professionnels déjà engagés dans le funéraire choisissent de poursuivre leur parcours en préparant le diplôme de thanatopracteur.
Comment se déroule la formation pour devenir thanatopracteur ?
L’accès à la profession passe par l’obtention du diplôme national de thanatopracteur, qui est soumis à un numerus clausus fixé chaque année par décret au Journal officiel de la République française (JORF). En 2025, il était de 70 places. Les critères d’évaluation des candidats sont définis par la Direction générale de la Santé et le Conseil national de thanatopraxie (CNT). La formation se déroule en deux temps : la première étape est une épreuve théorique, qui couvre de nombreux domaines : déontologie, hygiène et sécurité, réglementation funéraire, théorie des soins, anatomie, médecine légale, sciences humaines de la mort, etc. La seconde étape est une épreuve pratique. Pour s’y présenter, il faut justifier de 75 soins réalisés sous la supervision d’un formateur diplômé. Le candidat est ensuite observé lors de l’examen pratique par des évaluateurs diplômés et accrédités par le CNT. Après validation par le jury national, la liste des nouveaux thanatopracteurs est publiée au Bulletin officiel de la République française.
Quelles sont, selon vous, les qualités indispensables pour exercer ce métier ?
Il faut aimer les gens, faire preuve d’empathie, et disposer d’une grande force de caractère. C’est un métier où l’on travaille seul et où l’exigence est particulièrement élevée. Il y a une véritable obligation de résultat, car la qualité de la présentation du défunt est essentielle pour les familles dans un moment très difficile.
Combien de thanatopracteurs exercent aujourd’hui en France ? Est-ce suffisant pour répondre aux besoins du secteur ?
Selon les estimations de la Fédération nationale du funéraire (FNF), environ 1 800 personnes sont diplômées en thanatopraxie en France, mais seulement 500 exercent réellement le métier. Cela est lié à l’évolution du métier. Lorsque j’ai commencé, nous étions peu de thanatopracteurs. Je parcourais environ 10 000 kilomètres par mois pour réaliser une centaine de soins, versus entre 60 et 70 soins aujourd’hui, avec beaucoup moins de distance parcourue. La demande s’est accrue, mais compte tenu des contraintes liées au métier, il y a un certain nombre de professionnels qui arrêtent assez rapidement. Il est relativement simple aujourd’hui d’obtenir l’intervention d’un thanatopracteur. Certaines périodes sont denses, mais les familles peuvent toujours être accompagnées dans de bonnes conditions. La principale difficulté concerne plutôt la répartition géographique des professionnels, certaines zones rurales étant moins couvertes. On note des disparités régionales, avec un taux plus faible en Île-de-France (43 %), et plus élevé dans le Sud-Est (60 %). Cela s’explique aussi par la présence bien ancrée de Maison Roblot, où chaque conseiller funéraire était aussi thanatopracteur, ce qui a dynamisé l’activité. C’est d’ailleurs cette maison qui a ouvert la première chambre funéraire dans les années 60, et qui est à l’origine du mot « athanée ». Par ailleurs, OGF a été précurseur dans l’évolution de la thanatopraxie et a toujours été tourné vers l’avenir en matière de conservation de soins. D’ailleurs, le Groupe disposait de sa propre section thanatopraxie (« OGF thanatopraxie ») jusqu’en 1998.
Comment le métier a-t-il évolué ces dernières années, au regard des évolutions réglementaires et des attentes des familles ?
Les conditions d’exercice ont beaucoup évolué. Une attention particulière est portée à la sécurité et la santé des professionnels. Les produits utilisés sont moins concentrés en substances biocides, et les équipements des salles techniques dans les chambres funéraires sont plus ergonomiques. Du côté de l’activité, la tendance est stable : une obsèques sur 2 requiert l’intervention d’un thanatopracteur. Les attentes des familles évoluent. On constate une augmentation importante de demandes de crémation depuis 40 ans, sans corrélation avec le taux des soins de conservation. Ce que l’on remarque aussi, c’est qu’aujourd’hui, certaines personnes ne souhaitent pas voir le corps de leur proche disparu, souvent par appréhension face à la mort. Une tendance qui contraste avec l’époque où l’on prenait en photo les défunts, jusque dans les années 1950.
Qu’en est-il du cadre législatif ?
La thanatopraxie est encadrée par des règles sanitaires strictes. Le produit principal utilisé est le formaldéhyde (formol), qui permet la conservation du corps. Il n’est pas interdit mais soumis à des réglementations européennes sur les produits chimiques (directive REACH). Les organisations professionnelles travaillent avec les autorités pour renforcer la protection des praticiens et contribuer aux futures recommandations officielles.
Que savons-nous des pratiques autour de nos soins de conservation, dans les autres pays européens ?
Les pratiques de soins de conservation varient fortement selon les pays : elles sont quasi inexistantes dans les pays nordiques, mesurées en Autriche, très répandues en Belgique, en France et au Royaume Uni, et plus limitées dans les pays latins où les obsèques ont lieu rapidement.
Pour finir, que pouvons-nous retenir de ce métier, en quelques mots ?
La thanatopraxie est très spécifique car cela implique un contact direct avec les corps, dans des conditions parfois difficiles. C’est un métier de l’ombre, discret mais essentiel dans l’accompagnement des familles. Au-delà de la technicité des soins, il s’agit avant tout d’un métier humain, qui joue un rôle essentiel dans l’acceptation du deuil.


